Pierre Brémond

Portrait Pierre Brémond
Status
Diplômé
Profession
Marketing - Communication - Développement | Equidia

Médias et communication : retrouver le sens du lien

Diplômé SciencesCom 2014, Pierre Brémond a travaillé dix ans au sein du Groupe les Echos-Le Parisien, filiale média du Groupe LVMH, au carrefour des mondes de la communication et du journalisme. Une trajectoire idéale pour observer les mutations en cours. Témoignage.

Quel regard portez-vous sur le paysage médiatique d’aujourd’hui ?

Les médias changent, se fragmentent, se réinventent. Depuis une vingtaine d’années, la révolution numérique a bouleversé la manière dont nous nous informons, mais aussi, plus profondément, la manière dont nous faisons société. Ce qui n’est pas sans conséquences et certains risques : des repères brouillés, une défiance grandissante, une perte de confiance dans la parole publique comme dans la parole médiatique. Pour autant, rien n’est joué. Loin d’un déclin annoncé, les médias restent un pilier essentiel de la cohésion démocratique. Malgré la concurrence des influenceurs et la porosité croissante entre communication et information, les journalistes demeureront toujours les garants d’une exigence qui reste la meilleure réponse à la défiance et qui s’appuie sur la vérification, l’impartialité et le regard critique.

Vous êtes un fervent défenseur des médias locaux. Quelles vertus leur prêtez-vous ?

On observe une corrélation entre densité d’informations locales et vitalité démocratique. Partout, à la lecture de nombreuses études publiées récemment, le local se révèle comme la nouvelle matrice du lien social. Deux tiers des Français disent que celui-ci est en mauvais état à l’échelle nationale mais en bien meilleur état à l’échelle locale. À ce titre, les médias locaux conservent la confiance des Français, car on y parle d’eux, de leurs lieux, de leurs histoires. En s’emparant toujours plus de ce besoin de proximité et d’ancrage local, le journalisme est un formidable vecteur pour recréer du lien et restaurer la confiance collective. Par ailleurs, ce besoin d’enracinement, conjugué à l’agilité du numérique, ouvre la voie à une hybridation féconde : celle d’un journalisme plus humain, plus incarné, plus proche.

En tant que communicant, comment voyez-vous l’évolution du lien entre journalisme et communication ?

La communication n’est plus un simple amplificateur de messages : elle devient une discipline de la relation. Elle doit écouter avant de parler, dialoguer plutôt que diffuser, incarner plutôt que promouvoir. Dans un monde saturé de contenus, la crédibilité se gagne par la cohérence, la transparence et la capacité à créer du lien durable avec les parties prenantes. Les communicants partagent ainsi, avec les journalistes, une même responsabilité : celle de retisser la confiance. Comprendre les nouvelles attentes sociales, s’appuyer sur la proximité, valoriser le réel et la preuve, c’est ce qui permettra à la communication, comme au journalisme, de rester utile et légitime. J’imagine le journalisme de demain renouer avec la célèbre devise de Hubert Beuve-Méry, le fondateur du journal Le Monde : « Le journalisme, c’est le contact et la distance ». Je dirais la même chose pour la communication. S’ils embrassent pleinement cette exigence de lien, tous les deux peuvent réapparaître pour ce qu’ils ont toujours été : des leviers de confiance et de sens collectif.

Rédacteur : Alexandre Giraud

Cet article est issu du numéro 31 du magazine The mag, le magazine d'Audencia Alumni

Carrière